Entretien avec Stéphane Pinçon, membre de La Ligue ENSEMBLE !

 

Stéphane
Stéphane Pinçon
Président du CDJE 92

 

Présentez-vous en quelques mots

 

Stéphane Pinçon, 46 ans, deux enfants. Brièvement professeur de mathématiques dans l’Éducation Nationale il y a maintenant bien longtemps, je me consacre exclusivement à l’enseignement du jeu d’échecs depuis 2006.

Cela fait bientôt 14 ans que je suis salarié du Cercle d’Échecs de Bois-Colombes qui reste mon employeur principal mais je travaille également couramment pour d’autres clubs franciliens (l’Essonne est le seul département d’Île-de-France où je n’ai jamais officié). J’ai appris très jeune les règles du jeu au sein du cercle familial mais ma véritable rencontre avec les échecs s’est résolument faite par le biais du scolaire lorsqu’en classe de 6e je suis entré en section échecs-études dans mes Ardennes natales. J’ai été champion de France scolaire par équipes en tant que joueur en collège (1989) et lycée (1992) puis ai également connu le plaisir de l’être cette fois-ci en tant qu’entraîneur chez les écoliers en 2009, 2010, 2014 et 2016. Je suis président du Comité des Échecs des Hauts-de-Seine depuis avril 2017, comité au sein duquel j’avais précédemment rempli les fonctions de responsable Jeunes et responsable Scolaires.

 

 

Présentez-nous votre club

 

Le Cercle d’Échecs de Bois-Colombes est un club formateur avec en année courante (hors pandémie) plusieurs centaines d’adhérents civils et scolaires. Il a des équipes engagées dans à peu près toutes les compétitions du niveau départemental jusqu’aux plus hautes divisions nationales. Il organise depuis près de vingt ans un open international à cadence lente entre Noël et le nouvel an auquel de nombreux joueurs franciliens ont déjà pu participer. Il emploie trois entraîneurs à temps plein pour s’acquitter des nombreuses tâches d’enseignement, de l’initiation dans les écoles jusqu’à l’entraînement de nos meilleurs jeunes jusqu’au niveau national (seize titres de champions de France Jeunes depuis la création du club).

 

Comment avez-vous géré la crise sanitaire ?

 

Le Comité des Échecs des Hauts-de-Seine a décidé d’une subvention en début de saison pour aider l’ensemble des clubs à faire l’acquisition de matériel virucide (gel hydroalcoolique, …). Nous avons organisé la phase départementale de la Coupe 2000 dès septembre avec des normes sanitaires très strictes (masque obligatoire quel que soit l’âge, salle remplie à demi-jauge, balisage au sol, aération permanente, désinfection de tout le matériel entre les rondes, absence de buvette, …). 

 

 

Nous avons tenté de trouver des clubs partenaires dès la fin août pour l’organisation des qualificatifs Jeunes avec trois tentatives de rencontres en présentiel pour finir de guerre lasse par les faire disputer en ligne au mois de mars (226 participants). Pour le reste, la situation sanitaire n’a hélas pas permis la tenue des nombreuses autres compétitions habituellement pilotées par le comité départemental ni de lancer les deux circuits de tournois individuels mixtes et féminins dont la mise en place était projetée pour cette saison.

 

En tant que formateur, la plupart des structures avec lesquelles je travaille ont pris le pli de transférer leur activité en distanciel dans les moments où les directives gouvernementales ou les municipalités n’autorisent pas l’ouverture des salles pour notre discipline. Le premier confinement a été une période difficile avec, dans l’urgence, de nombreux outils à prendre en main (logiciels de visioconférence, fonctionnalités diverses des plateformes de jeu en ligne) et un rapport au public à repenser presque entièrement. La rentrée de septembre où le présentiel a partout été possible pendant deux mois, avant le deuxième confinement, a été très profitable pour mettre le pied à l’étrier aux grands débutants avant de devoir à nouveau repasser aux cours en distanciel. 

 

De manière inattendue, la volonté du gouvernement de maintenir les écoles ouvertes couplée à la suspension des activités physiques pour lutter contre les contaminations par aérosolisation a particulièrement mis en valeur le jeu d’échecs pratiqué sur le temps scolaire. Cette année, dans la quasi-totalité des nombreuses classes où j’interviens, les échecs sont la seule activité de diversification des parcours qui a pu être proposée aux enseignants et aux élèves et l’accueil est unanimement enthousiaste. Alors que j’étais à l’origine plutôt sceptique, j’ai également été très agréablement surpris par la grande faculté d’adaptation des plus jeunes (moins de huit ans) aux séances en distanciel là où pour les publics adolescents je trouve le lien plus délicat à maintenir.

 

 

Pourquoi vous présentez-vous sur la liste La Ligue ENSEMBLE ?

 

Lorsqu’en septembre 2017, le comité directeur de la Ligue Île-de-France des Échecs a abruptement mis un terme à la réversion aux comités départementaux franciliens d’une part sur le produit des licences, je me suis beaucoup investi auprès des clubs de la région pour obtenir les soutiens nécessaires à la convocation d’une assemblée générale extraordinaire et faire annuler le point de décision litigieux. L’actuel président de Ligue a refusé de convoquer, au mépris le plus total des textes statutaires. Près de deux années de contestations s’ensuivirent qui ont connu un dénouement favorable aux comités départementaux lors de l’assemblée générale fédérale du 29 juin 2019 à Saint-Quentin. 

 

Plus attentif à la gestion de la Ligue depuis cette période, j’ai pu me rendre compte que les décisions autoritaires étaient sans doute la part la plus anecdotique du mode de gestion de l’équipe en poste. Quand il s’agit de désigner un joueur pour une sélection ou un club pour une subvention, c’est l’opacité ou le fait du prince qui sont la règle et les soupçons de clientélisme voire de favoritisme ne peuvent qu’être grands. Au cours de la mandature qui va s’achever, les droits d’inscription au championnat d’Île-de-France Jeunes ont atteint des records. En plus d’avoir tenté de faire de la cavalerie avec la trésorerie des comités départementaux, la Ligue a également détruit un de ses deux postes salariés à temps plein. Tous ces éléments patents de mauvaise gestion sont très inquiétants et, ayant été aux premières loges ces dernières années pour constater les problèmes, il m’est apparu responsable et cohérent de rejoindre la liste de Thomas Lemoine dont la probité exemplaire assurera un retour rapide à la transparence et à une gestion vertueuse.

 

Quels sont vos trois vœux pour la Région pour les prochaines années sur le plan échiquéen ?

 

Il faut que la situation sanitaire se normalise le plus vite possible. Les joueurs d’échecs forment une communauté très ouverte, d’une grande mixité, sans prérequis autres que de savoir jouer. La région Île-de-France est un territoire de grandes disparités sociales. Les tournois d’échecs permettent un brassage extrêmement valorisant tant pour notre discipline que pour nos pratiquants et ces ambiances manquent à tous.

 

Nous devons redynamiser les Festivals et Trophées Jeunes. Les Festivals, à cadence rapide, réunissaient 130 à 250 joueurs lors de 7 étapes disséminées tout au long de la saison. Les Trophées, à cadence lente, fonctionnaient avec un public plus réduit mais les 4 occurrences annuelles étaient un fantastique support pour la formation. Il est déplorable que la Ligue ait laissé sombrer ces événements de masse. Alors que dans le même temps elle a consacré un budget conséquent à des compétitions par équipes ne concernant par saison qu’une vingtaine de jeunes joueurs tout au plus, sélectionnés sur des critères résolument obscurs.

 

Le championnat de Paris aura 100 ans en 2025. Son centenaire approchant, j’aimerais que ce vénérable monument du patrimoine des échecs franciliens, confronté aux difficultés toujours croissantes d’organisation à Paris intra-muros, retrouve un peu du lustre qu’il a pu perdre ces dernières années tant en fréquentation qu’en termes de niveau des meilleurs participants à son open le plus sélectif.