Entretien avec Gil Moreira, Président de la Tour Noire de Meaux (77)

 

Présentez-vous-en quelques mots.

 

Gil Moreira, président de La Tour Noire de Meaux. C’est ma sœur qui m’a appris à jouer lorsque nous habitions Paris, surtout à déplacer les pièces ! J’ai essentiellement aimé jouer dans les cafés parisiens pour l’ambiance dans les années 90. Le Cloître dans le Quartier latin m’a appris qu’il fallait rester humble ! À l’époque je trouvais les clubs d’échecs trop élitistes. Je me rappelle avoir eu le courage d’aller frapper à la porte du club Caïssa, rue Rougemont, l’inscription plus les cours étaient trop chers pour ma bourse. J’ai emménagé à Meaux où j’ai découvert Le Grand Échiquier et sa vitrine de Grands Maîtres Internationaux qui jouaient sous conditions tandis que le club ne vivait réellement que grâce à 3 ou 4 « petits joueurs ». Puis j’ai posé mes valises à La Tour Noire de Meaux, club que j’ai connu en lambeaux vers les années 2013-2015. À l’époque, sur fond de querelles d’ego, 3 clubs existaient dans un rayon de 10 kilomètres. Seul La Tour Noire a survécu.

 

Lorsque j’ai pris la présidence nous n’étions plus que 13 membres et sommes remontés graduellement à 60 membres en l’espace de 5 ans. Les premières années, j’ai passé des heures et des heures de permanence à ouvrir et fermer le club, animer des cours avec parfois bien peu de joueurs voire attendre désespérément un partenaire des samedis entiers ou des vendredis soirs ! Puis les jeunes ont commencé à s’inscrire. C’est la vie les jeunes, ça redonne espoir. Alors je suis resté fidèle à mon poste.

 

Aujourd’hui on rame toujours pour le championnat de Nationale 4, on fait avec notre effectif ! Avec ce qu’on a comme on dit ! J’essaie de proposer pas mal de choses pour un petit club comme le nôtre mais je me sens fatigué et pas assez épaulé. En tout cas je ne regrette rien car je me suis prouvé que c’était possible d’y arriver avec l’envie et la volonté, cette force qui nous pousse à nous surpasser, nous dépasser, c’est du sport ! C’est une passion, c’est grisant, chronophage alors on ne compte pas… Mais je sais que je ne pourrai pas faire ça éternellement car lorsque je rentre à la maison ma femme me remet les pieds sur terre !

 

Parlez-nous de votre club d’échecs.

 

Notre club est un petit club francilien qui existe depuis 1975. Il a été fondé par Messieurs Durand et Hugeron, paix à leurs âmes. Il a connu de belles années, des années plus sombres, mais il existe toujours. Il est vivant, vivant par le cœur de ses bénévoles et par les présidents qui se sont succédé apportant avec eux parfois le pire mais fort heureusement aussi le meilleur.

 

Nous avons une belle salle de jeu de 30 m2, uniquement pour le jeu d’échecs, c’est rare ! On ne manque de rien, nous sommes autonomes, sauf pour les tournois de plus de 40 participants. Les discussions avec la mairie pour pouvoir intervenir dans les écoles publiques n’aboutissant pas, je n’interviens que dans une école privée avec des enfants déjà tellement occupés par ailleurs que bien peu de parents franchissent le pas d’une inscription en club. Sans intervenir dans les écoles ou les centres de loisir, comment avoir le plein au club d’échecs ? Je m’étais fixé pour objectif il y a cinq ans de dépasser les 100 joueurs au club. Avec beaucoup d’efforts et de temps, j’ai à peine atteint la moitié !

 

Comment vivre de sa passion ? Certains clubs français arrivent à dégager des moyens pour financer des postes salariés mais pas moi. Je dois mal m’y prendre. Ces cinq dernières années, j’ai trop souvent eu le sentiment de porter le club à bout de bras. Je suis encore là pour une saison mais je ne ferai pas une 7e année ! Je vais attendre d’avoir le statut de retraité et peut-être postulerais-je alors à nouveau comme président de club. Salarié en entreprise, mes journées de travail s’étalent sur une amplitude horaire de 10 heures. Parallèlement, hors vacances scolaires, sans compter les compétitions, je consacre pas moins de 15 heures hebdomadaires au club. Comme je ne peux pas vivre des échecs je dois faire un choix entre le trop important temps bénévole investi dans le club ou pour aider nos instances et le travail qui paie mes factures et me met un toit au-dessus de la tête.

 

J’aimerais être plus soutenu par ma commune et ne me sens aidé ni par mon comité départemental, ni par ma ligue régionale, ni par la FFE. Je paie une cotisation club à la fédération et règle les licences prises pour nos adhérents. En 5 ans, je n’ai été en contact avec des élus ou des candidats aux organes fédéraux que quand ils viennent nous demander de voter pour eux. Les petits clubs n’ont pas de floppées de GMI, ne sont pas élitistes et manquent de visibilité. C’est une réalité. Avec le nouveau président fédéral peut-être que ça changera.

 

Comment avez-vous géré la crise sanitaire ?

 

Notre club a fermé en mars 2020. Il a rouvert début juillet 2020 pour refermer mi-octobre jusque début juin 2021. Il vient de rouvrir le 9 juin 2021 et nous n’avons pas perdu de temps en organisant conjointement un tournoi Jeunes et un tournoi Adultes le dimanche 13 juin 2021.

 

Les cours ont été animés via Skype et Zoom en visioconférence. J’ai tenté des tournois sur Lichess (site français qui malgré son succès est resté gratuit : bravo !) mais j’ai arrêté. Les jours et les horaires étaient compliqués pour satisfaire tout le monde. Au moins j’ai tenté l’expérience.

 

Quels sont vos trois vœux pour la région pour les prochaines années sur le plan échiquéen ?

 

  1. Que les personnes passionnées par notre jeu et qui souhaitent s’investir pleinement aient des perspectives pas uniquement bénévoles mais puissent en vivre.
  2. Que chaque club, petit ou grand, notamment au niveau départemental, ait la possibilité d’organiser des compétitions fédérales généralement toujours allouées aux mêmes clubs.
  3. Que chaque comité départemental ait plus de moyens et de libertés et qu’il veille à en faire profiter l’ensemble des clubs du département.